dimanche, 14 janvier 2007

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Je l'ai raté lors de sa sortie en salle ! Morbleu ! Voilà décidément, un immense "petit film" ("petit" par rapport aux films américains en général, mais plus "grand" que 95% de la production française...) qui vous fera sourire, pleurer et réfléchir sur l'essentiel et les faux semblant...

Faite comme moi, regardez ce film en vous contentant de savoir qu'il est excellent. Contentez vous de savoir que le film débute lentement, pour évoluer crescendo vers une fin aussi jubilatoire qu'inattendu ! S'il y avait cinq films à voir en 2006, celui là en fait parti ! Le cinéma mondial produit beaucoup de merde (Da Vinci code, les Bronzés 3...) : cette oeuvre est l'une des fleurs qui a su pousser sur le fumier.

lundi, 13 novembre 2006

Mémoires de Clint Eastwood

Le cliché est mondialement connu : cinq Marines et un infirmier de la Navy sont en train de hisser le drapeau américain au sommet du Mont Suribachi, sur l'île d'Iwo Jima, après la sanglante bataille remportée en février 1945 face aux troupes japonaises. En peu de temps, cette photo ainsi que ses protagonistes transformés du jour au lendemain en héros, vont s'avérer particulièrement utiles au gouvernement américain lorsqu'il s'agira d'obtenir des financements de la part des citoyens et des institutions du pays, mais également à des fins de propagande. "Mémoires de nos pères" est une ambitieuse analyse dans laquelle Clint Eastwood remet en question la notion d'héroïsme. A partir de ce même chapitre de la Deuxième Guerre mondiale, Eastwood a déjà mis en scène un autre film, "Lettres d'Iwo Jima" - mais cette fois, du point de vue japonais. La reconstitution historique est époustouflante, les interprètes excellent. Du beau cinéma classique et original à la fois, intelligent et populaire. Certains déploreront l'absence du réalisateur dans son propre film. Qu'ils se rassurent, Eastwood n'est effectivement pas dans le film, il "EST" le film, un peu comme Dieu (lui n'ont plus il n'est pas dans le monde, il est le monde...) - Bref, encore une fois, "Papy" Clint (76 ans) frise le chef-d'oeuvre ! (Le chef-d'oeuvre ayant déjà été réalisé par Terence Malick avec son fort et sublime "La Ligne Rouge"...)

lundi, 18 septembre 2006

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samedi, 06 mai 2006

Terrence MALICK, Le Nouveau Monde...

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Vous vivez comme on s'empiffre de fraises Tagada, et vous ne consommez que des mauvais films (98% de la production mondial), alors vous ne méritez pas celui-là !  Et ça n'est pas grave, parce que de toutes façons, vous ne l'aimerez pas...

samedi, 08 avril 2006

Même si ce n'est pas vrai

"On ne m'a jamais dit que j'étais jolie quand j'étais petite fille. On devrait dire à toutes les petites filles qu'elles sont jolies, même si ce n'est pas vrai".

Marilyn Monroe

samedi, 25 mars 2006

Clint Eastwood's Bronco Billy

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This was Clint Eastwood's seventh directorial assignment and it's a wonderful movie. Why this humane comedy failed at the box office is a mystery. Billy (Eastwood) is the owner of a Wild West show peopled with losers he has picked up in his travels. Eastwood is perfection as the New Jersey shoe clerk who dreamed a nostalgic dream and took action to realize it. The actor-director could have gone over the top by satirizing the very character he played so well in spaghetti westerns; instead he gives a sincere, realistic performance that silenced detractors who thought he could only play violent loners... The One I prefer !

samedi, 11 mars 2006

Une destinée

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Une destinée ne vaut pas plus qu'une autre, mais tout Homme doit respecter celle qu'il porte en lui...
Jorge Luis Borges

lundi, 21 novembre 2005

Le nouveau film de Clint Eastwood

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Clint Eastwood tourne actuellement les dernières scènes d'un film sur la guerre du Pacifique mettant en valeur les héros américains qui se sont battus à Iwo Jima lors de l'une des plus célèbres batailles de la Seconde Guerre mondiale.  'Flags of our Fathers' raconte l'histoire des soldats US ayant participé à la prise de la petite île d'Iwo Jima alors colonisée par les Japonais. Immergé dans son film, Clint Eastwood a eu le réflexe de tout soldat engagé dans une bataille dont il ne comprend pas tous les aboutissants, il s'est mis à penser aux pauvres gars de la tranchée d'en face. L'idée de faire un deuxième film sur la même bataille, mais vue du côté japonais a alors jailli dans son esprit. Le second film sur Iwo Jima s'appellera 'Lamps Before the Wind' et le tournage débutera en janvier 2006. Le titre 'Flags of our Fathers' du premier volet de la rétrospective de la guerre du Pacifique a été inspiré par l'une des plus célèbres photographies de guerre, celle de soldats américains dressant le mât de la bannière étoilée au sommet d'une butte. On la doit au photographe de guerre Joe Rosenthal . Une sculpture inspirée de cette image a été érigée en guise de mémorial.

dimanche, 06 novembre 2005

Norma Jeane Baker

Sur le certificat de naissance : Norma Jeane Mortenson
Naissance :  Le 1er juin 1926 

Lieu :  Los Angeles, Californie.
Décédée :  Nuit du 4 au 5 août 1962
Taille :  164 cm ; Poids :  58 kg
Pointure :  38 - 39
Cheveux :  Blonds, initialement auburn
Yeux :  Bleus

 

mercredi, 26 octobre 2005

Correspondance Fellini-Moebius

Roma, le 23 juin 1979

Mon cher Moebius,

Tout ce que tu fais me plaît, même ton nom me plaît. Dans mon Casanova, j’ai appelé Moebius un personnage de vieux médecin, d’herboriste, d’homéopathe, mi-magicien mi-sorcier ; c’était une façon de te montrer ma sympathie, ma gratitude car tu es formidable, mais je n’ai pas le temps de te dire combien et pourquoi.

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Je suis en train de tourner à la cadence fiévreuse de toujours, ou, peut-être, cette fois-ci, un peu plus fébrilement que d’habitude, car des fois j’ai l’impression que, ce film*, je ne l’ai pas encore commencé, d’autres fois il me semble l’avoir déjà terminé il y a longtemps : aussi je vis comme suspendu dans un de tes univers obliques sans pesanteur. De t’envoyer cette lettre hâtive et décousue, je le regrette d’autant plus que la joie et l’enthousiasme que me donnent tes dessins, exigeraient de moi la plus grande précision, voudraient que je te dise tout, tout de suite et tout à la fois. Laisse-moi te dire, au moins, qu’en découvrant ce que tu fais et ce que font tes camarades de Métal Hurlant, j’ai immédiatement retrouvé ce sentiment poignant, face à un rendez-vous merveilleux qui nous est périodiquement promis, que je n’avais connu qu’enfant, entre deux livraisons du Giornalino della Domenica, porteur du récit des aventures de « Happy Hooligan » et de « The Katzenjammer Kids ». Quel grand metteur en scène ferais-tu ! Y as-tu jamais songé ? Ce qu’il y a de plus étonnant dans tes dessins, c’est la lumière – surtout dans tes dessins en noir et blanc : une lumière phosporique, oxhydrique, lumière de lux perpetua, de limbes solaires… De faire un film de science-fiction, c’est une de mes vieux rêves. J’y pense depuis toujours, j’y pensais bien avant la mode actuelle de ces films. Tu serais sans doute le collaborateur idéal, cependant je ne t’appelerai jamais, car tu es trop complet, ta force visionnaire est trop redoutable : qu’est-ce que je viendrais y faire, dans ces conditions ? C’est pourquoi, cher Moebius, je ne te dis que ceci : continue à dessiner fabuleusement pour notre joie à nous tous. Buon lavoro e buona fortuna

 

Federico Fellini

* Il s’agit de La Cité des femmes avec Marcello Mastroianni

Correspondance Moebius-Fellini

Printemps, 1979

Federico,

Je voulais t’écrire le jour même de notre rencontre, puis le lendemain, puis chaque jour… mais, le programme d’un voyageur est imprévisible, le mien en tout cas est fort chargé. Et ce n’est qu’aujourd’hui que je peux enfin réaliser mon souhait. Bien sûr, je pensais à exprimer les remerciements comme il est d’usage… mais la force de ce que j’ai vécu au cours de notre rencontre est telle que le cadre des usages me semble éclater en mille morceaux. Je sens encore la bonne énergie qui m’a soudain enveloppé des que nous nous sommes vus, comme si un ange nous entourait de son aura chaleureuse. Je sens encore la bonté de tes bras lorsque tu m’as étreint contre toi, comme si j’étais soudain un jeune garçon serré affectueusement par un oncle gigantesque… Quelle experience ! J’avais rarement était plongé dans un tel bain de jubilation intérieure, avec une si belle mousse de satisfaction intellectuelle et un tel parfum de justesse spirituelle. Je vais arrêter de violer ta modestie avec mes compliments, on a déjà dû te les faire mille fois. Sache cependant que tu as fait un très beau cadeau à Moebius et que l’œil qui aide a choisir les bonnes lumières n’a pas été reçu sur le plan uniquement matériel. J’espère avoir encore l’occasion de te rencontrer… En attendant je te souhaite belle vie, avec amour, amours et lumières, et lumière !…

Jean "Moebius" Giraud

mercredi, 21 septembre 2005

Les Noces funèbres

... Le nouveau Tim Burton ! Au XIXe siècle, dans un petit village d'Europe de l'est, Victor, un jeune homme, découvre le monde de l'au-delà après avoir épousé, sans le vouloir, le cadavre d'une mystérieuse mariée. Pendant son voyage, sa promise, Victoria l'attend désespérément dans le monde des vivants. Bien que la vie au Royaume des Morts s'avère beaucoup plus colorée et joyeuse que sa véritable existence, Victor apprend que rien au monde, pas même la mort, ne pourra briser son amour pour sa femme... j'ai adoré la bande-annonce... et les extraits. Et j'aurai dû me contenter de ça... Dommage...

samedi, 17 septembre 2005

Jacques

Dans Mon oncle (1958), rebelle aux habitats dotés du tout-confort, lieux rectilignes et géométriques, Mr Hulot habite un vieux quartier de Saint-Maur qui respire bon le refus des entraves, la poésie rétro et le laisser-aller. Le film est une dénonciation de la déshumanisation, des petits soldats du conformisme, des pachas de l'électro-mécanique, des petits-bourgeois envoûtés par le suréquipement électroménager. Otages de leur villa tout en formica, gadgets et rites synchrones, la soeur et le beau-frère de Mr Hulot, les Arpel, incarnent un ridicule esclavage au paraître. Le burlesque abandon du vivant au profit du superficiel...

mercredi, 13 juillet 2005

Sophia LOREN

Un peut de "PipÔL" (... Comme dirait Ardisson !).

A la suite d'une série de viols commis par des immigrés, l'actrice italienne Sophia Loren vient d'exiger l'arrêt d'une campagne d'affichage politique : Cette publicité utilisait son image pour dénoncer les violences sexuelles...

 


" En fait ! Je ne sais pas comment je dois comprendre cette note... que je viens d'écrire... Celle là même..."

© Thierry Le BLOG.

mardi, 12 juillet 2005

Marilyn MONROE

...Et voilà : Y a Eve, Y a aussi la Pomme... Il en manque plus qu'un... Comme toujours...

- Adam ! T'es ou ? Y a une pomme qui t'attend !...
- T'as peur de te faire Bouffer ou quoi ? Allez, vas-y... Fait pas attendre la Dame !

 

© Thierry Le BLOG.

lundi, 11 juillet 2005

Bertrand BLIER : Combien tu m'aimes ?

Voici enfin le nouveau film du plus grand réalisateur Français...

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...Dans le Pigalle nocturne, la beauté professionnelle c'est elle. Elle, c'est Monica Bellucci. Quand le client la voit, il a le souffle coupé. Le client, il vient de gagner au Loto. C'est Bernard Campan. Il lui demande : "Combien tu prends ?" et il la prend immédiatement comme femme... Mais on ne quitte pas ainsi son maquereau, surtout quand c'est Gérard Depardieu...

Acteurs Principaux : Monica Bellucci, Bernard Campan, Gérard Depardieu, Jean-Pierre Darroussin, Farida Rahouadj, Edouard Baer, Sarah Forestier...

... Bref ! Que du beau linge pour un film des plus originaux comme seul Bertrand Blier sait encore le faire ( les Valseuses, Tenue de soirée, Buffet froid, Trop belle pour toi...). 

 

lundi, 04 juillet 2005

BATMAN Begins : Constipé !

Le film commence comme ça : "Après un long prologue situé au fin fond de l'Himalaya, où Bruce, en rupture avec la société, subit un entraînement ninja - de quoi l'aider à sauter d'immeuble en immeuble accroché à un fil... "Le film commence comme ça... Et moi je l'ai perdu... le fil... Ouh Lala ! Qu'est-ce que je me suis fais Chhi... Ouhlala... En fait, il ne manquait qu'une chose : Tim BURTON !

© Thierry Le BLOG.

samedi, 25 juin 2005

STAR WARS : Episode III - La Revanche des Sith

Et voilà ! Moi aussi j'lai vu ! Voici un Film vraiment, assez Sympa ! On ne s'ennuis pas une seconde (sauf peut-être un peut au début, peut-être). Non, vraiment bien ! En fait, ça m'a rappelé Le feu d'artifice du 14 juillet à Lyon, l'année dernière, j'étais chez ma grand-mère. Cétait vraiment superbe ! ça n'en finissait pas, Y avait plein de couleurs, des explosions de lumières dans tous les sens, et ça pétait dans tous les coins, Boum ! BadaBoum ! Non ! Vraiment... Bien... très bien Même...
PS : Le Chef-d'Oeuvre de G. Lucas, est : THX 1138. www.thx1138.com

samedi, 11 juin 2005

Clint EASTWOOD

ClintByCézanne.jpg
Million Dollard Baby-2005
 www.clinteastwood.net
... Mais ce que je retiendrai dans cette dernière oeuvre, c'est la mise en scène. Regardez bien comme il filme, lorsque vous irez le voir - Ou le revoir - regardez bien cette caméra qui semble flotter aux grés des scènes entre les êtres, comme l'âme d'Eastwood qui souffle en nous...
Si si...

© Thierry Le BLOG.

Le "Dune" de Jodorowsky

Alexandro Jodorowsky : Il y a une légende hébraïque qui dit : « le Messie ne sera pas un homme mais un jour : le jour où tous les êtres humains seront illuminés. »

Les Kabbalistes parlent d'une conscience collective, cosmique, une espèce de méta-Univers. Et voilà ce qu'était pour moi tout le projet DUNE. Montrer le processus d'illumination d'un héros, ensuite d'un peuple, ensuite de toute une planète (qui à son tour est le Messie de l'Univers puisqu'en abandonnant son orbite, planète sainte, elle part inséminer de sa lumière toutes les galaxies)...

Je ne voulais pas respecter le roman, je voulais le recréer. Pour moi Dune n'appartenait pas à Herbert ainsi que Don Quijote n'appartenait pas à Cervantes, ni Edipo à Esquilo. Il y a un artiste, un seul au milieu de millions d'autres artistes, qui une seule fois dans sa vie, par une espèce de grâce divine, reçoit un thème immortel, un MYTHE... Je dis « reçoit » et non « crée » parce que les oeuvres d'art son reçues dans un état de médiumnité directement de l'inconscient collectif. L'oeuvre dépasse l'artiste et en quelque sorte, elle le tue parce que l'humanité, en recevant l'impact du Mythe, a un besoin profond d'effacer l'individu qui l'a reçu et transmis : sa personnalité individuelle gêne, tache la pureté du message qui, à sa base, demande à être anonyme...

Nous ne savons pas qui a créé la cathédrale Notre-Dame, ni le calendrier solaire aztèque, ni le tarot de Marseille, ni le mythe de Don Juan, etc. On ressent que Cervantes a donné SA version du Quijote - bien sûr incomplète - et que nous portons dans l'âme le personnage total... Le Christ n'appartient pas à Marc, ni à Luc, ni à Mathieu, ni à Jean... Il y a bien d'autres évangiles dits apocryphes et il y a autant de vie de Christ qu'il y a de croyants. Chacun de nous à son histoire de Dune, sa Jessica, son Paul... Je me sentais en admiration fervente envers Herbert et à la fois en conflit (je pense que la même chose lui est arrivée)... Il me gênait... Je ne le voulais pas comme conseiller technique... J'ai fait tout pour l'éloigner du projet... J'avais reçu une version de Dune et je voulais la transmettre : le Mythe devait abandonner la forme littéraire et devenir Image... Il y a un artiste, un seul au milieu de millions d'autres artistes, qui une seule fois dans sa vie, par une espèce de grâce divine, reçoit un thème immortel, un MYTHE... Je dis « reçoit » et non « crée » parce que les oeuvres d'art son reçues dans un état de médiumnité directement de l'inconscient collectif.

L'oeuvre dépasse l'artiste et en quelque sorte, elle le tue parce que l'humanité, en recevant l'impact du Mythe, a un besoin profond d'effacer l'individu qui l'a reçu et transmis : sa personnalité individuelle gêne, tache la pureté du message qui, à sa base, demande à être anonyme... Nous ne savons pas qui a créé la cathédrale Notre-Dame, ni le calendrier solaire aztèque, ni le tarot de Marseille, ni le mythe de Don Juan, etc.
On ressent que Cervantes a donné SA version du Quijote - bien sûr incomplète - et que nous portons dans l'âme le personnage total... Le Christ n'appartient pas à Marc, ni à Luc, ni à Mathieu, ni à Jean... Il y a bien d'autres évangiles dits apocryphes et il y a autant de vie de Christ qu'il y a de croyants. Chacun de nous à son histoire de Dune, sa Jessica, son Paul... Je me sentais en admiration fervente envers Herbert et à la fois en conflit (je pense que la même chose lui est arrivée)... Il me gênait... Je ne le voulais pas comme conseiller technique...

J'ai fait tout pour l'éloigner du projet... J'avais reçu une version de Dune et je voulais la transmettre : le Mythe devait abandonner la forme littéraire et devenir Image... Dans ma version de Dune, l'Empereur de la galaxie est fou. Il vit sur une planète artificielle d'or, dans un palais d'or construit selon les non-lois d'une anti-logique. Il vit en symbiose avec un robot identique à lui. La ressemblance est si parfaite que les citoyens ne savent jamais s'ils sont en face de l'homme ou de la machine... Dans ma version, l'épice est une drogue bleue à consistance spongieuse remplie d'une vie végétale-animale douée de conscience, le plus haut niveau de conscience. Elle n'arrête pas de prendre toutes sortes de formes, en remuant sans cesse. L'épice produit continuellement la création des innombrables univers. Le Baron Harkonnen est un homme immense de 300 kilogrammes. Il est tellement gras et lourd que, pour se déplacer, il doit faire usage continuellement de bulles antigravitationnelles attachées à ses extrémités... Son délire de grandeur n'a pas de limites : il vit dans un palais construit comme un portrait de lui-même...

Cette sculpture immense se dresse sur une planète sordide et marécageuse... Pour entrer dans le palais, on doit attendre que le colosse ouvre la bouche et tire une langue d'acier (piste d'atterrissage...). A la fin du film, l'épouse du Comte Fenring bondit vers Paul, déjà devenu Fremen, et elle lui tranche la gorge. Paul en mourant dit : « Trop tard, on ne peut me tuer... parce que... - Parce que, continue Jessica avec la voix de Paul, pour tuer le Kwisatz Haderach, il faudrait me tuer aussi... » Et chaque Fremen, chaque Atréides parle maintenant avec la voix de Paul : « Je suis l'homme collectif. Celui qui montre le chemin. » La réalité se transforme rapidement. Trois colonnes de lumière jaillissent de la planète. Elles se mêlent. S'enfoncent dans le sable de la planète : « Je suis la Terre qui attend la semence ! » L'épice se dessèche. Le sol tremble. Des gouttes d'eau forment un pilier entouré de feu. 

Des filaments d'argent surgissent de l'épice. Créent un arc-en-ciel. Ils se fondent en un nuage d'eau, produisent une « lave » rouge. Puis de la vapeur. Des nuages. De la pluie. Des rivières. De l'herbe. Des forêts. Dune devient verte. Un anneau bleu entoure maintenant la planète. Il se partage. Il produit de plus en plus d'anneaux. Dune est à présent un monde illuminé qui traverse la galaxie, qui la quitte, qui donne sa lumière - qui est Conscience - à tout l'univers. Pour concevoir cette séquence finale de transmutation de la matière, j'ai eu la chance d'entrer en contact avec de vrais alchimistes... Des êtres mystérieux (l'un d'eux semblait avoir plus d'une centaine d'années, âge avancé qui lui permettait cependant de se déplacer avec une énergie de jeune adolescent) qui se sont approchés de moi parce que Dune pouvait être une pierre philosophale, la pierre qui change en or tous les autres métaux...

Dans cette séquence, ils ont décrit ce qui se passe réellement quand ils arrivent à transformer, dans ces fours alchimiques, la matière...  Pour la guerre de « guérilla » que Paul et les Fremen mènent contre l'armée impériale, j'avais eu la chance de contacter un expert de la guérilla en Amérique du Sud... Il avait lutté en Bolivie, Chili, Pérou et Centre-Amérique... Ses indications précieuses ont apporté au scénario une réalité martiale... Quand Jessica devient Mère suprême des Fremen et doit passer par des cérémonies d'initiation, apprendre la médecine des sorciers et contacter d'autres dimensions de la réalité, je connaissais la médecine magique des gitans à travers Paul Derlon, déjà décédé...

Et le cérémonial des champignons hallucinogènes et les opérations miraculeuses par la sorcière Pachita, un être qui avait bien plus de pouvoirs que les soi-disants chirurgiens philippins. Mon fils Brontis, qui devait jouer Paul, a été initié dès l'âge de neuf ans par un garde du corps légendaire - Jean-Pierre Vigneau - au combat au couteau (des vrais combats), au karaté, à l'art du tir à l'arc... Il a reçu des leçons d'un presque vrai mentat - Michel de Roisin - qui possédait un cerveau encyclopédique... Je me rappelle l'avoir vu donner à Brontis une leçon sur la fable La Cigale et La Fourmi qui a duré plus de quinze jours... A travers les vers, il a décrit toute une époque et ses civilisations.
Avec la production, on a traversé le Sahara. Je voulais filmer Dune dans le Tassili, en bravant avec les acteurs, les milliers de figurants et les équipes techniques, les chaleurs torrides et la sécheresse pour obtenir de véritables paysages lunaires... Le gouvernement algérien était très intéressé par le projet... Une foi, la Divinité a bien voulu me dire dans un rêve lucide : « Ton prochain film doit être Dune. » Je n'avais pas lu le roman. Je me suis levé à six heures du matin et comme un alcoolique qui attend l'ouverture du bar, j'attendis qu'on ouvre la librairie pour acheter le livre.

Je le lus d'un trait sans m'arrêter pour boire ou manger. A minuit juste, le jour même, je finis la lecture. A minuit une minute j'appelais de New York Michel Seydoux à Paris... Il serait le premier des sept samouraïs qu'il me fallait pour l'immense projet. Michel était pour moi un jeune homme (26 ans) sans expérience dans le cinéma mais sa société Camera One avait acheté les droits de La Montagne Sacrée, mon dernier film et l'avait très bien distribué... Il m'avait dit : « Je voudrai produire un film avec toi » . Je ne connaissais pas grand chose de lui mais par une intuition qui aujourd'hui me surprend, en le voyant, malgré sa jeunesse, je vis en lui le plus grand producteur de l'époque... Pourquoi ? Mystère... Et je ne me suis pas trompé. Quand je lui dis que je voulais qu'il achète les droits de Dune et que le film devrait être international parce qu'il dépasserait les dix millions de dollars (somme fabuleuse pour l'époque : même Hollywood ne croyait pas aux films de science-fiction, 2001 serait unique et indépassable), il n'a pas bronché : « D'accord. On se retrouve dans deux jours à Los Angeles pour acheter les droits » . Il n'avait pas lu le livre...

Je pense qu'il ne l'a pas encore lu parce que la prose d'Herbert l'embêtait... Et on a pu acheter les droits - facilement parce que Hollywood trouvait le livre irréalisable à l'écran et non commercial... Michel Seydoux m'a donné carte blanche et un énorme appui financier : je pouvais créer mon équipe sans problème économique. Il me fallait un script précis... Je voulais réaliser le film sur le papier avant de le tourner... Maintenant tous les films à effets spéciaux se font comme ça mais à l'époque cette technique n'était pas utilisée. Je voulais un dessinateur de bandes dessinées qui ait le génie et la vitesse, qui puisse me servir de caméra et qui donne en même temps un style visuel... Je me suis trouvé par hasard avec mon deuxième guerrier : Jean Giraud alias Mœbius medium_moebiuss.jpg

(à l'époque il n'avait pas fait Arzach ni Le Garage Hermétique).

Je lui dis : « Si tu acceptes ce travail, tu dois tout abandonner et partir demain avec moi à Los Angeles pour parler avec Douglas Trumbull (2001 : Odyssée de l'Espace) » . Mœbius m'a demandé quelques heures de réflexion. Le lendemain, nous partions pour les États-Unis. Ce serait trop long à raconter... Notre collaboration, nos rencontres en Amérique avec d'étranges illuminés et nos conversations à sept heures du matin dans le petit café qui était en bas de nos ateliers et qui par « hasard » s'appelait Café l'Univers. Gir a fait 3000 dessins, tous merveilleux... Le script de Dune, grâce à son talent, est un chef-d'oeuvre. On peut voir vivre les personnages, on suit les mouvements de caméra. On visualise le découpage, les décors, les costumes... Tout ça avec, à chaque fois, quelques traits de crayon... J'étais derrière ses épaules en lui demandant les différents points de vue... En mettant en scène les « acteurs » , etc. On a filmé...
 Pour le troisième guerrier j'avais besoin d'un ingénieux rêveur qui puisse dessiner les navires spatiaux d'une autre façon que celle des films américains :
« Je ne veux pas que l'homme conquiert l'espace
Dans les navires de la NASA
Ces camps de concentration de l'esprit
Ces congélateurs gigantesques vomissant l'impérialisme
Ces tueries de pillage et de rapine
Cette arrogance d'airain et de soif
Cette science eunuque
Bave de crapaud n'effleurant qu'à peine
Le divin
Le délirant
Le superbe
CHAOS
UNIVERSEL
Je veux des entités magiques, des véhicules vibrants
Pour prolonger l'être de l'abîme
Comme les poissons d'un océan intemporel. Je veux
Des bijoux, des mécaniques aussi parfaite que l'âme
Des ventres-navires antichambres
De la renaissance pour d'autres dimensions
Je veux des navettes courtisanes mues
Par le sperme d'éjaculations passionnées
Dans un moteur de chair
Je veux des fusées complexes et secrètes,
Des navires-oiseaux,
Butinant le nectar millénaire des étoiles naines... »
 

C'est pourquoi j'écrivis à Christopher Foss, un dessinateur anglais qui illustrait des couvertures de livres de science-fiction... Comme Giraud, il n'avait jamais pensé au cinéma... Avec un grand enthousiasme, il quitta Londres et vint s'installer à Paris... Cet artiste, avec les navires qu'il réalisa pour Dune, marqua le cinéma. Il a pu réaliser des machines semi-vivantes qui pouvaient se métamorphoser avec la couleur des pierres de l'espace... Il a pu réaliser des « cuirassés assoiffés se mourant siècle après siècle dans un désert d'étoiles attendant le corps vivant qui remplira leurs réservoirs vides des sécrétions subtiles de son âme... » Après je trouvais Giger, peintre suisse dont Dalí m'avait montré un catalogue... Son art décadent, malade, suicidaire, génial, était parfait pour réaliser le planète Harkonnen... Il a fait un projet de château et de planète qui touchait vraiment à l'horreur métaphysique. (Plus tard, il réalisa les décors et le monstre d'Alien.) Pour les effets spéciaux, grâce au pouvoir que me donnait Michel Seydoux, je pus refuser Douglas Trumbull...

Je ne pus avaler sa vanité, ses airs de grand patron et ses prix exorbitants. Comme un bon américain, il a joué à mépriser le projet et essaya de nous complexer en nous faisant attendre tout en parlant avec nous en même temps qu'avec une dizaine de personnes au téléphone et enfin en nous montrant de superbes machines qu'il essayait de perfectionner. Fatigué de toute cette comédie, je l'envoyai chier et parti à la recherche d'un jeune talent. On me dit qu'à L.A., c'était comme chercher une aiguille dans une botte de foin. J'ai vu dans un modeste festival de cinéma de science-fiction amateur un film fait sans moyens que j'ai trouvé merveilleux : Dark Star. J'ai contacté le garçon qui avait fait les effets spéciaux : Dan O'Bannon. Je me suis trouvé presque avec un enfant-loup. Complètement hors de la réalité conventionnelle, O'Bannon pour moi avait un réel génie. Il ne pouvait pas croire que je puisse lui confier un projet aussi important que Dune. Il a été obligé de le croire quand il a reçu son billet d'avion pour Paris. Je ne me suis pas trompé : Dan O'Bannon a écrit plus tard le scénario d'Alien et de bien d'autres films à grand succès.

Avec Jean-Paul Gibon, qui était le producteur exécutif de Camera One et qui aimait le projet autant que nous, nous sommes partis en Angleterre chercher le musicien. Un aspect vital pour moi : chaque planète avait son style de musique, par exemple un groupe comme Magma pouvait très bien réaliser les rythmes guerriers des Harkonnens qui seraient capables de cristalliser la beauté de la planète des sables avec son mystère et sa force implacable, la symphonie étrange des anneaux des vers géants.

Virgin Records nous reçut et nous offrit Gong, Mike Oldfield, Tangerine Dream. A ce moment, je dis : « Et pourquoi pas Pink Floyd ? » Le groupe à cette époque avait un tel succès que presque tous considéraient ça comme une idée irréalisable. J'ai eu la chance, grâce à mon film El Topo, d'être connu par ces musiciens. Ils ont bien daigné nous recevoir à Londres aux studios Abbeyroad où les Beatles avaient enregistré leur succès. Jean-Paul Gibon était très agréablement surpris que le groupe nous reçoive. Moi, à cette époque, j'avais déjà presque perdu ma conscience individuelle. J'étais l'instrument d'une œuvre sacrée, miraculeuse, où tout pouvait se faire. Dune n'était pas à mon service, moi j'étais, comme les samouraïs que j'avais trouvés, au service de l'œuvre. Ils étaient en train d'enregistrer Dark Side of the Moon. En arrivant, je n'ai pas vu un groupe de grands musiciens en train de réaliser son chef-d'œuvre, je vis quatre jeunes gars en train de dévorer des steaks-frites. Jean-Paul et moi, debout devant eux, devions attendre que leur voracité soit satisfaite. Au nom de Dune je fus pris d'une sainte colère et je suis parti en claquant la porte. Je voulais des artistes qui sachent respecter une œuvre d'une telle importance pour la conscience humaine. Je pense qu'ils ne s'attendaient pas à ça. Surpris, David Gilmour courut derrière nous en donnant des excuses et nous a fait assister au dernier mixage de son disque. Quelle extase !...

Après on a assisté à leur dernier concert public où des milliers de fanatiques les ont acclamés. Ils ont voulu voir La Montagne Sacrée. Ils l'ont vu au Canada. Ils ont décidé de participer au film en produisant un album qui allait s'appeler Dune composé de deux disques. Ils sont venus à Paris pour discuter la partie économique et, après une intense discussion, on est arrivé à un accord. Pink Floyd ferait presque toute la musique du film. Avec la meilleure musique de notre côté, j'ai commencé à chercher les acteurs. J'avais vu Charlotte Rampling dans Zardoz. Je la voulais pour Jessica. Elle a refusé le rôle. Elle voulait à cette époque faire deux ou trois films commerciaux, la vie amoureuse l'intéressant plus que l'art. David Carradine est venu à Paris, intéressé par le rôle de Leto.

L'acteur que je désirais le plus c'était Dalí : pour le rôle de l'Empereur fou... Quelle aventure !... L'Empereur bouffon, me semblait-il, ne pouvait être joué que par un homme de la grande personnalité délirante de Dalí. A New-York, avec Michel Seydoux et Jean-Paul Gibon, on arrive à notre hôtel, le San Régis et dans le hall on voit assis Salvador Dalí. On estime qu'il est indélicat de l'aborder immédiatement et le lendemain je l'ai appelé par téléphone. On parle espagnol. Dalí n'a pas vu mes films mais des amis lui en ont parlé avec enthousiasme. Il m'invite à une exposition surréaliste très privée et promet de me laisser sous la porte l'invitation. A six heures du soir, j'ai trouvé l'invitation pour deux personnes. Dalí m'a dit d'être là à sept heures juste. On arrive avec Michel Seydoux cinq minutes en retard. A sept heures cinq, Dalí n'est plus là. Il est venu, est descendu de sa voiture, a fait un tour d'une minute dans la salle puis est parti. On prend un taxi et en arrivant à l'hôtel, par hasard, on se trouve avec Dalí de nouveau dans le hall. On prend rendez-vous pour le lendemain au bar de l'hôtel et on se sépare. Cette nuit-là, on choisit pour dîner un restaurant français et par hasard on retrouve à quelques pas de notre table Salvador Dalí qui dîne avec son amie Amanda Lear, je lui dis : « C'est le hasard objectif » . Il me répond : « C'est plus que ça.

On parlera demain ! » Le lendemain, On se retrouve au bar de l'hôtel San Régis. Dalí accepte avec beaucoup d'enthousiasme l'idée de jouer l'Empereur de la galaxie. Il veut filmer à Cadaquès et utiliser comme trône un W.C composé de deux dauphins entrecroisés. Les queues formeront les pieds et les deux bouches ouvertes serviront l'une à recevoir le « pipi » , l'autre à recevoir le « caca » . Dalí pense que c'est d'un horrible mauvais goût que de mêler le « pipi » et le « caca » . On lui dit qu'on aura besoin de lui durant sept jours... Dalí répond que Dieu a fait l'univers en sept jours et que Dalí, en étant pas moins que Dieu, doit coûter une fortune : 100 000 dollars de l'heure. Peut-être qu'en arrivant au décor il décidera de filmer chaque jour plus d'une heure pour le même prix.
La condition sine qua non est d'avoir l'Empereur sur le trône scatologique. Il ne veut pas lire le script : « Mes idées sont meilleures que les vôtres » . Il veut choisir sa cour parmi ses amis, veut dire ce qu'il veut et en plus, au moment de signer le contrat, daignera me faire cadeau de trois idées que j'aurai le droit d'utiliser ou non . Le happening Daliesque nous coûtera 700 000 dollars. On lui demande du temps, une nuit, pour prendre une décision et on se sépare. La nuit, j'arrache une page d'un livre sur le tarot ; il y a une carte reproduite : le Pendu. Je lui écris une lettre en lui disant que le film ne peut pas le payer 700 000 dollars, mais que j'essaierai de convaincre mon producteur de l'utiliser trois jours pour 300 000 dollars. Le lendemain, on envoie la lettre à Dalí. Il nous donnera sa réponse à Paris. A Paris, Dalí nous invite par téléphone à le rencontrer à l'hôtel Meurice. On a la surprise de ne pas être seuls avec lui : il y a une vingtaine de personnes, des marchands, des modèles, de beaux garçons, une dame qu'on appelle le Roi et qui est une virile, une énorme Hollandaise qui va poser pour que Dalí peigne son sexe, un personnage qui dit être le petit-fils du pétomane (l'homme qui, en 1900, pétait dans les music-halls et dont Dalí nous dit qu'il faisait avec son cul ce que Tino Rossi ne pouvait faire avec sa gorge). On n'a pas l'opportunité de parler avec le peintre parce qu'il nous emmène à un dîner et c'est dans ce dîner que Dalí veut me parler du film.

En chemin, je prépare un petit questionnaire : comment meurt un Empereur ? Comment est son palais ? Comment s'habille-t-il ? Etc. Dans la fête où je trouve Mick Jagger, Nathalie Delon, Johnny Hallyday et d'autres célébrités, Dalí montre son enthousiasme pour le rôle de l'Empereur et quand je lui donne mon questionnaire en lui disant : « Je suis venu préparé » . Il me répond : « Moi aussi » . Il sort d'une poche le dessin du W.C fait avec les deux dauphins : « Il est complètement nécessaire de voir l'Empereur faire pipi et caca » . Je lui demande s'il est prêt à montrer son sexe et son anus et lui me dit que non et qu'il voudrait être doublé, qu'il veut seulement qu'on le voit assis. Dalí dit considérer ma carte comme un contrat. Il a été touché par l'image du Pendu et dit : « Je vois le Pendu avec ses cheveux comme des racines dans la terre et sortant, par le cul, une colonne de merde avec un chapiteau l'unissant avec le ciel » . Quelques jours plus tard, le petit-fils du pétomane nous appelle pour nous donner rendez-vous à Barcelone. Mais Dalí m'appelle avant pour m'inviter à nouveau à déjeuner et parler de son rôle. Il ne veut pas être dirigé (mis en scène). Il veut faire ce qu'il veut. Je lui demande : « Si j'étais un riche propriétaire et que je disais de me peindre ce que vous vous voudriez mais dans une forme de tableau octogonale, vous le feriez ? » Dalí : « Oui » . Moi : « Alors, c'est possible de travailler ensemble, je vous dirigerai en vous posant des questions (la forme) et vous me répondrez comme vous voulez avec des actions » . Dalí accepte. Moi, je pense que la bataille va être formidable.

Il va falloir que je trouve des questions qui ont une seule réponse. Et aussi, il va falloir que je prévoie ses réponses comme dans une partie d'échecs. Par exemple, si je demande comment va être habillé l'Empereur, il est bien possible qu'il me réponde : « Dans l'année 20 000, Dalí sera considéré comme un Dieu, comme aujourd'hui l'est le Christ. L'Empereur Padishah sera habillé comme Dalí » . Si je lui demande comment sera son palais, il peut me répondre : « Comme une reproduction de l'ancienne gare de Perpignan » . S'il me donne ces deux réponses, il peut tuer Dune et il faut lui dire qu'il y a une limite : Dalí ne peut interpréter Dalí. L'idée d'un jeu pareil me semble authentiquement surréaliste et je suis plus que jamais prêt à travailler avec le peintre sans tenir compte des paroles d'Amanda Lear qui, dans un aparté au dîner, tentée par l'idée de jouer Irulan, la fille de l'empereur, me dit que le Maître est un saboteur par masochisme, que finalement il aime toujours les choses qui ratent et que le mot perfection le met hors de lui. Un cinéaste qui a fait un film pour la T.V avec Dalí me dit qu'il est imprévisible jusqu'au point de choisir pour être filmé des coins obscurs malgré que l'ont ait passé toute la journée à éclairer des décors où il refuse au dernier moment de mettre les pieds. Ça me donne l'idée d'éclairer le jour du tournage avec Dalí non seulement le décor, mais aussi les couloirs, les waters, les toits, tout. Si je n'ai pas de coins sombres, cette bataille sera gagnée. Il me dit que pour lui, ma carte avec l'image du Pendu est son contrat.

A Barcelone, il arrive une heure en retard. Avant d'aller le voir, on décide de faire face au problème par téléphone. Je parle avec le descendant du pétomane : « Écoutez Monsieur, ne perdons pas de temps, nous ne pouvons offrir à Dalí 300 000 dollars. Nous avons 150 000 dollars. S'il n'est pas intéressé, on repart à Paris. Si l'affaire l'intéresse, appelez-nous dans dix minutes » . Au bout de dix minutes, le petit pétomane nous appelle : « Venez, Dalí vous attend » . Dalí, cette fois, est relativement seul. Amanda Lear est là avec deux secrétaires. Il commence par jouer le méprisant et dit : « Dalí est comme un taxi, plus le temps passe plus il coûte cher et vous, plus le temps passe, moins vous voulez payer » .

J'ai enfin le temps de lui présenter Jean-Paul Gibon qui va défendre les intérêts de Michel Seydoux. J'essaie de le raisonner. Il est difficile et pour nous presque impossible de tourner à Cadaquès, ça doit être fait à Paris. Pour 150 000 dollars, je veux trois jours et non une heure et demie de tournage. Je voudrais faire aussi faire une poupée en polyéthylène, sa réplique, pour l'utiliser comme son double dans le film. Dalí se met en colère : « Je vous aurai comme des rats ! J'irai filmer à Paris, mais les décors vous coûterons plus chers que les paysages de Cadaquès et le cadre de mon musée. Dalí coûte 100 000 dollars l'heure ! » Amer, il se calme et accepte l'idée de se faire reproduire en plastique si après le film on donne cette sculpture à son musée. On décide d'en finir définitivement avec le contrat le lendemain. Je discute avec Jean-Paul Gibon et on arrive à la conclusion qu'il est impossible de marchander avec Dalí. Je médite longuement et je prends cette décision finale : je réduis le rôle de Dalí à une page et demie du script. J'accepte son prix, 100 000 dollars l'heure, mais je ne le prends que pour une seule heure. Le reste, je le filmerai avec son double robot.

Dalí ne peut pas se permettre non plus de revenir sur son prix. On va le voir. Je lui donne la petite page et demie, et Dalí accepte la proposition parce que son honneur est sauf. Il sera l'acteur le plus cher payé dans l'histoire du cinéma. Il gagnera plus que Greta Garbo. Dalí, avec enthousiasme, me montre son lit en bois à la sculpture de dauphin. Un ouvrier est là déjà en train de prendre l'empreinte du dauphin pour faire le W.C. Autant pour Dalí que pour moi, la carte du Pendu sur laquelle on a écrit quelques mots fait office de contrat. Dalí aime l'aristocratie et comme tout homme d'esprit noble, il respecte sa parole.


Pour célébrer la signature du contrat, on va à un grand dîner où Dalí est nommé Chevalier de l'Écrevisse. Il me fait asseoir à sa droite et, face à lui, il fait asseoir Pasolini. Pendant tout le dîner, il introduit du bout des doigts de la nourriture dans la bouche de Pasolini. Je m'inquiète parce qu'on veut être les premiers à avoir Dalí comme acteur et l'on est étonné de découvrir avec nous un autre metteur en scène. Amanda Lear me dit : "Il ne faut pas s'inquiéter. Pasolini est seulement ici pour solliciter la permission d'utiliser un tableau de Dalí comme poster de son film Les Cent-Vingt Journées de Sodome. Dalí lui demande 100 000 dollars. Dalí aime qu'on se batte pour lui" . Moi, j'ai aimé me battre pour Dune. On a gagné presque toutes les batailles, mais on a perdu la guerre. Le projet fut saboté à Hollywood. Il était français et non américain. Son message n'était pas « assez Hollywood » . Il y a eu des intrigues, du pillage. Le story-board a circulé parmi tous les grands studios. Plus tard, l'aspect visuel de Star Wars ressemblait étrangement à notre style. Pour faire Alien, on a appelé Mœbius, Foss, Giger, O'Bannon, etc. Le projet a signalé aux américains la possibilité de réaliser des films de science-fiction à grand spectacle et hors de la rigueur scientifique de 2001 : Odyssée de l'Espace. Le projet Dune nous a changé la vie. Quand on ne l'a pas fait, O'Bannon est entré dans un hôpital psychiatrique. Après, il est revenu à la lutte avec rage et a écrit douze scripts qui lui furent refusés. Le treizième fut Alien.

Comme lui, tous ceux qui ont participé à la montée et à la chute du projet Dune ont appris à tomber une et mille fois avec obstination farouche jusqu'à apprendre à se tenir debout. Je me rappelle mon vieux père qui, en mourant heureux, me disait : "Mon fils, dans ma vie, j'ai triomphé parce que j'ai appris à rater" ...